La grande image (16 janvier 2008)

997a622e056165ecfb499cb0e62752af.jpgJe n'ai pas atteint le Nirvana ni la sagesse ultime, mais je suis arrivé à une point où diverses idées commencent à s'imbriquer, telles les pièces d'un puzzle, pour former une grande image.

Cette image est encore floue et fluctuante, mais sa mise à plat et surtout sa simplification sont nécessaires à l'élaboration d'une vision.

Age d'or
Depuis quelques millions d'années, des hominidés au cerveau développé ont eu pas mal de succès sous diverses appellations: pithécanthrope, néandertal, cro-magnon, etc. Les versions modernes ont vécu plusieurs dizaines de milliers d'années, voir centaines de milliers pour les néandertals, en menant une vie tranquille de chasseur-cueilleur.

Révolution agricole
Il y a 12-13 mille ans, certains ont commencé à se sédentariser et à dépendre de plus en plus de l'agriculture. Cela a produit des surplus de nourriture, qui a permis une expansion de la population, qui a permis de produire encore plus de surplus, etc. C'est allé de pair avec une spécialisation du travail, la hiérarchisation de la société, le patriarcat et les inégalités. La nourriture fut mise sous clé et il fallut se mettre à travailler pour manger. Les plantes, les animaux et les humains furent domestiqués.

Valse des empires
Les tribus sont devenues des chefferies, puis des royaumes, puis des empires qui ont assimilé ou détruit leurs voisins. Cette nouvelle façon de vivre n'était pas aussi pérenne ni aussi satisfaisante que la précédente, l'Histoire est parsemée de vestiges d'empires. Beaucoup de peuples ont disparu sans laisser de traces. Les raisons sont diverses: guerres avec un voisin, destruction de l'environnement, abandon des cités. A ce jour, presque tout le monde a été assimilé ou détruit.

Consommation du capital
Ce processus d'expansion rapide a été rendu possible par l'utilisation du capital ressource-énergie: fertilité dans le sol, biodiversité, métaux, bois, charbon, pétrole, uranium, etc. Même l'utilisation de ressources renouvelables est généralement faite plus rapidement que le taux de renouvellement, c'est ainsi que les forêts précèdent les civilisations et les déserts les suivent.

Religions
Il y a plus ou moins deux mille ans, les religions du salut, celles qui sauvent (bouddhisme, hindouisme, christianisme, islam), se sont développées pour soulager et/ou justifier cette incroyable violence infligée aux humains, aux animaux et à la nature. Actuellement, le libéralisme économique et la foi en les technosciences ont remplacé partiellement ces religions, dans le même but: nous donner espoir et nous faire supporter l'insoutenable.

Surchauffe
Depuis quelques décennies, les humains ont, chaque année,  consommé, brûlé et pollué plus que ce que la planète est capable de fournir ou d'assimiler. Nous en sommes au stade de la détérioration irréversible. Il n'y a qu'un mot pour résumer cette convergence de crises multi-sectorielles: surchauffe. 

Effondrement
Le dogme de la croissance sans fin nous force à consommer, à nous endetter, utiliser des ressources et polluer de façon exponentielle. Depuis 10-12 mille ans, des gens prédisent que le système n'est pas soutenable et qu'il va s'effondrer. Ces gens ont eu raison, l'histoire le prouve. Notre civilisation mondiale va également s'effondrer, dans pas longtemps car nous sommes au siècle de la vitesse.

Acteurs
Les gens qui font que ce système perdure depuis plusieurs millénaires sont les dirigeants, l'élite, la noblesse, les rois, les hyper-riches: une minorité. Les moutons écervelés et domestiqués qui constituent la classe moyenne ne rêvent que de les imiter et sont terrorisés à l'idée de tomber plus bas. Les autres sont des esclaves.

Révolutions
Les révolutions n'ont généralement pas eu d'autres buts que d'effectuer des rotations au sommet de la hiérarchie: remplacer un chef par un autre, des nobles par des fonctionnaires. Les prisons survivent aux révolutions. Les pauvres sont toujours aussi pauvres. Les démocraties donnent l'illusion au peuple de contrôler son destin.

Du pain et des jeux
Pendant ce temps, tout est fait pour que la masse servile ne relève pas la tête, on la noie dans une masse d'information futiles, on veille à ce qu'elle dispose des derniers gadgets et que les divertissements ne perdent pas d'intérêt. Les anti-dépresseurs viennent au secours de ceux qui ne le supportent plus. Le suicide paraît être la seule porte de sortie.

Les ambulanciers
Plusieurs se sont levés pour atténuer les peines, soigner les dégats, freiner la machine dévorante. Ils ont proposé de nouvelles lois, ont manifesté, ont sacrifié leur vie, ont imposé de nouvelles politiques, mais cela est vain: le système en ressort à chaque fois intact, quand il n'est pas encore renforcé. La justice crée l'injustice, le système de santé rend malade, l'éducation abruti. Triste résultat malgré toutes les "améliorations" qu'on y amène sans cesse.

Sortir du piège
La question fondamentale est maintenant de savoir comment nous allons sortir de ce piège, éviter d'être asphyxiés par nos déjections ou être nettoyés par les élites. Comment sortir de la cage souvent dorée ? Comment échapper à tout l'appareil qui veut nous faire réintégrer notre niche ? Comment survivre dans l'en-dehors ? 

Retour aux cavernes
Il n'est pas possible de retourner dans les cavernes ni de remonter sur les arbres. Les cavernes contiennent maintenant des déchets toxiques et les arbres ne sont plus assez nombreux. Ce qui reste de nature est bien incapable de nourrir 7 milliards de chasseurs-cueilleurs. En puis, si nous sommes si intelligents, nous devrions pouvoir inventer un futur primitif différent.

Quitter la civilisation
On ne sait pas quel mode de vie nous est favorable, nous l'avons oublié. Mais ce qui est sûr, c'est qu'il faut que la civilisation cesse, du moins telle que nous la concevons. On ne peut la faire tomber du jour au lendemain, mais c'est un géant aux pieds d'argile, elle est condamnée. On peut l'aider à tomber, mais on peut aussi s'en éloigner, la vider de son sang, notre sang. Il ne s'agit pas de faire une révolution pour mettre une nouvelle équipe à la place de l'ancienne, il s'agit de faire une révolution culturelle individuelle. Briser le tabou ultime "il n'y a rien de mieux que la civilisation". Cette révolution est déjà en marche. Tout le monde peut la faire: en disant non, en résistant, en n'achetant pas, en connaissant son voisin, en privilégiant le local, en faisant la paix avec la nature, en découvrant la vraie valeur des choses. Il y a mille manières.

Utopies
je rêve d'un monde où les humains revivraient en tribus hétérogènes, égalitaires, et où le "travail" ne consisterait qu'à assurer la subsistance et la survie de tous ses membres. Un monde où les moyens de subsistance seraient fournis gratuitement par la nature. Un monde où les états, les banques, les prisons et les multinationales n'existeraient plus. Un monde ou chacun serait son maître. Un monde où nous pourrions vivre et ressentir de nos cinquante sens sans artifices.

Ce monde a existé, ce monde est possible.

Ce qu'il nous faut maintenant, c'est une nouvelle VISION, le genre de vision qui a porté la révolution agricole, l'essor des grandes religions ou la révolution industrielle.

 

Note: en fonction des commentaires, je redirigerai vers des ouvrages particuliers ou développerai le thème.

14:00 | Lien permanent | Commentaires (6) | Tags : consommation, décroissance, désobéissance civile, perspectives, résistance