Développement durable vs décroissance (27 décembre 2008)

Le petit Jésus n'étant plus tellement à la mode, ce Noël nous avons parlé de développement durable.

Il ne reste plus beaucoup de monde pour faire l'éloge du capitalisme, en tout cas lors de cette soirée il n'y en avait pas. La plupart étaient en faveur du développement durable, une voie raisonnable, politiquement correcte.

Il est certain que le développement durable a tout pour plaire, il doit nous permettre de satisfaire nos besoins, sans prétériter les besoins des générations futures. La bonne conscience assurée !

Serge Latouche, dans son Survivre au développement, un petit livre que je vous recommande vivement, explique que le développement durable n'est qu'un énième avatar du développement. L'ajout de l'épithète "durable" n'est qu'une façon de le déguiser.

Dans la tête de beaucoup de gens, le développement durable consiste à changer de matériaux, à produire vert et recyclable. En d'autres termes on s'attend à disposer du même genre, et surtout de la même quantité, de biens et services mais en plus éthiques, moins polluants et renouvelables.

On veut le beurre et l'argent du beurre. L'idée que tout ça coûte plus cher et que donc on en aurait moins n'effleure personne.

Des civilisations ont disparu à force d'avoir usé et abusé des matériaux renouvelables à disposition. Tout est dans le flux, dans la rapidité de consommation.

J'ai essayé de comprendre ce que mon gouvernement entendait par développement durable.  En gros il y a trois axes: social, environnemental et économique et le développement durable doit porter sur ces trois points. On peut en diminuer un si cette diminution contribue à augmenter les deux autres (ou quelques chose comme ça, j'ai pas encore retrouvé la référence).

C'est bien compliqué et surtout ça permet de tailler dans l'environnement si l'économie et la société y gagnent quelque chose. Quelle arnaque !

Le développement durable incite les gens à remettre en question leur consommation de ressources, leur pollution et l'éthique de production, c'est déjà bien mais il ne force personne à remettre en question son rapport à la vie, aux autres, aux choses, à l'environnement, à ses besoins.

Il ne remet pas en question le principe même de la société de consommation, ni à la finitude de nos ressources, ni à la finitude de notre planète, à ce titre c'est un leurre dangereux.

Manifestement, en tant que colporteur de décroissance, mes "adversaires" ne sont pas les méchants capitalistes et les pros du greenwashing, mais les amis du développement durable. Les premiers ricanent et pouffent à la mention du mot décroissance, mais les seconds n'apprécient pas qu'on remette en question leur bonne conscience toute neuve.

Alors cette croyance au développement durable, ne satisfait-elle pas notre désir puéril de croire au Père Noël ?

 

PS: Dans ma liste de livres à gauche il y a La grande illusion de la technique : Manifeste pour un développement durable de Jacques Neyrinck. Le titre est probablement un leurre parce qu'en fait je trouve qu'il tend plutôt à prouver qu'il n'y a pas de développement durable, il aurait du mettre le sous-titre manifeste pour la décroissance, mais peut-être qu'il n'a pas osé, maintenant il fait de la politique.

17:29 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : décroissance