T'as où la vigne ? (27 mai 2010)

Je vais enfin pouvoir répondre à cette question emblématique du Valais, encore plus importante que "T'es le fils à qui ?" qui est : "T'as où la vigne ?"

coteaux.jpgJe ne pensais pas m'occuper un jour de vigne, même si les coteaux colorés de l'automne sont bien jolis, car le principe même de la monoculture et l'utilisation intensive de produit phytosanitaires ne me plaisent pas.

Mais j'ai bien du me rendre compte que dans ma région une grande part du territoire agricole est occupée par des vignes et la mise en pratique de la permaculture sur des terrains agricoles nus pose un problème majeur de disponibilité.

D'autre part, si comme moi on s'intéresse au futur (proche) d'une société confrontée à une descente énergétique et qui devra produire de plus en plus de nourriture localement, la reconversion d'une partie du vignoble en terres cultivables pose un problème intéressant, ne serait-ce qu'à cause de la saturation des sols en cuivre et composés organochlorés.

La vigne est une tradition locale et familiale: mon grand-père était vigneron-encaveur, mon père avait une petite vigne et faisait son "vin de la maison". Un document vidéo (muet car le son n'existait pas encore) du XXe siècle atteste même de mon activité, secondé par des amis d'enfance :


Lorsque j'ai vu passer une annonce de vente d'une petite vigne (~500 m2) à 2 minutes de chez moi, je n'ai donc pas hésité bien longtemps.

vigne_dk.jpgIl s'agit de 3 petites parcelles (sans la maisonnette) plantées en chasselas de 30 ans et en gamay de quelques années. J'ai donc pu découvrir les joies de la taille et de l'ébourgeonnage.

En cherchant des alternatives à la conduite traditionnelle moderne de la vigne (c'est-à-dire utilisation de produits divers allant des herbicides, acaricides, fongicides et j'en passe), j'ai découvert que près de chez moi se trouvait un domaine menant des expériences des plus intéressantes.

Il s'agit du domaine de Mythopia que j'ai visité récemment et je n'ai pas été déçu (mes photos).

Ce qui frappe tout de suite le visiteur ce sont ces inter-rangs larges et luxurieusement enherbés. Leurs concepteurs ont mis au point un mélange de légumineuses qui protège le sol, fait office d'engrais vert, améliore la structure du sol et ne pose pas un problème de concurrence hydrique comme le ferait une couche herbacée dominée par les graminées.

Leur objectif, à la fin de la periode de reconversion, est d'y cultiver en bio d'autres espèces entre les rangs: fraises, tomates, seigle, fleurs de rose, etc. Pour l'anectode, il n'y sera par contre pas possible d'y cultiver des cucurbitacées car elles accumulent les composés organochlorés qui y sont répandus depuis des décennies.

Côté traitements, ils expérimentent diverses décoctions d'herbes et des thés de compost, avec pour l'instant de bons résultats et l'utilisation de cuivre est réduite au strict minimum (avec des essais en cours pour s'en passer).

Ils expérimentent l'utilisation de biochar, un charbon de bois intégré dans le sol pour augmenter sa vitalité, capter les éléments polluants et bloquer le CO2 dans le sol.

J'ai également pu y déguster leurs vins, très différents de ce à quoi je suis habitué car il s'agit de vins naturels: pas de chaptalisation, pas de levurage, pas de collage, quasiment pas de filtrations, et pour un des pinots, même pas de sulfitage. Les personnes qui ont du mal à supporter les blancs devraient apprécier.

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Ce que j'ai vu est vraiment réjouissant. On peut rêver d'une reconversion de tout le vignoble valaisan: nos côteaux seraient recouverts de fleurs et y bruisseraient d'insectes butineurs et d'oiseaux. Cela parait utopique, mais l'autre alternative est de continuer à tuer la biodiversité, à éroder nos coteaux, à saturer nos sols en produits chimiques et à polluer l'eau.

Que serait aujourd'hui notre région si les pratiques viticoles actuelles avaient été la norme depuis le début de la viticulture, il y a plus de deux millénaires ?


14:07 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : viticulture