Nuke ou pas nuke ? (15 février 2011)

Les bernois viennent de dire oui à 51.2% à la construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg. Une centrale nucléaire est une source d'énergie primaire, c'est-à-dire qu'elle permet de produire, entre autres, de l'électricité.

Mais on peut produire de l'électricité de diverses façons.

 

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Le dessin ci-dessus est particulilèrement adapté aux USA où l'électricité est produite pour partie en brûlant du charbon extrait en utilisant la technique du mountain top removal (on enlève le sommet de la montagne), suivez le lien pour voir à quoi ça ressemble.

Rien de tel chez nous, me direz vous, et pourtant, un pays comme l'Allemagne, réputé écolo et promoteur de l'énergie solaire affiche une structure de production d'énergie primaire assez similaire à celle des Etats-Unis, la part du charbon est encore importante :

 

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En Suisse, nous sommes (un peu) plus propres car l'utilisation du charbon est quasiment inexistante (cliquez sur l'image pour agrandir):

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On constate qu'en Suisse, la fourniture d'énergie primaire (l'électricité d'origine nucléaire importée d'autres pays comme la France n'est pas comptée) n'a pas évolué de 2002 à 2008, ceci est probablement du à la crise économique et aux mesures d'économie d'énergie. Mais si l'augmentation de la consommation devrait reprendre comme le souhaitent les fans de croissance économique ou comme le prédisent les statisticiens, il faudrait bien augmenter cette production, mais comment ?

Alors d'où viendra l'énergie qui alimentera la croissance de demain, croissance économique et/ou démographique ?

Je vais le dire tout de suite: JE SUIS ANTI-NUCLÉAIRE !

Malheureusement, la seule source d'énergie qu'on puisse, du moins à court terme, augmenter pour compenser la diminution d'autres sources et une demande croissante, c'est le nucléaire.

On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, on ne peut pas avoir une croissance et un parc de voitures électriques en comptant uniquement sur les énergies renouvelables. L'énergie propre et abondante n'existe pas.

Le nucléaire n'est malgré tout pas une option qu'on devrait envisager car :

Alors que faire ? En fait la solution est incroyablement simple: consommer moins.

Sachant que les énergies fossiles, l'environnement des barrages, la pollution atmosphérique et le changement climatique concernent tout le monde, on pourrait mutualiser les couts et bénéfices de la production d'énergie avec un système de ce genre:

  1. Chaque citoyen de ce pays reçoit un quota d'énergie à bas prix (le prix actuel par exemple) qui correspond à une utilisation raisonnable.
  2. L'énergie au-delà de ce quota est taxée
  3. Chacun peut vendre ou acheter des quotas d'énergie à une bourse énergétique

Ce n'est bien sûr qu'une idée très grossière, mais ce principe permettrait à chacun de faire des efforts, et d'être rétribué, tandis que les gaspilleurs seraient taxés. L'ajustement progressif des quotas permettrait d'atteindre les objectifs de sobriété énergétique en douceur. On peut également appliquer une taxe différenciée en fonction de la source.

Cela ressemble un peu aux crédits carbone, mais concernerait tous les citoyens, et pas seulement pour être taxés mais aussi pour en profiter. Cette taxe serait en plus sociale, car les petits revenus, faibles consommateurs et économes ne seraient pas directement affectés, ils pourraient même en tirer un revenu. Et qu'on ne me dise pas que c'est compliqué, on arrive très bien à taxer toutes les transactions (TVA) ou à taxer tous ceux qui regardent la TV ou écoutent la radio.

PS du 18 février 2011: Mon analyse semble confirmée par le Plan de route pour les énergies renouvelables en Suisse présenté aujourd'hui par l'Académie suisse de science. Qui résume la situation ainsi (mises en gras par moi-même):

Un approvisionnement énergétique durable de la Suisse est possible. Il n’est cependant réalisable ni à court terme, ni facilement. Les sources d’énergie renouvelables indigènes peuvent y apporter une contribution décisive. Bien souvent, le facteur contraignant n’est pas tant le potentiel lui-même qu’une rapidité de mise en oeuvre justifiable au niveau économique, en particulier dans le domaine de la rénovation des bâtiments. Un approvisionnement reposant principalement sur des sources indigènes d’énergie renouvelables d’ici 2050 exige une combinaison de la mise en exploitation des potentiels ici indiqués et de la réalisation de la société à 2000 watts déclarée comme objectif stratégique par le Conseil fédéral.

Le résumé du résumé est que c'est possible, mais c'est difficile, ça va coûter cher et il faudra se montrer bien plus sobres. J'en dirai plus lorsque j'aurais décortiqué le rapport.

PS du 16 mars 2011: Suite à un tremblement de terre de force 9 et d'un tsunami au Japon, plusieurs réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima sont au bord de la fusion. Cet accident, qui n'avait statistiquement presque aucune chance de se produire, va probablement causer plus de peur que de mal. Des moratoires ont été décrétés un peu partout, mais je suis prêt à parier qu'une fois le calme revenu, le spectre de la pénurie ou de la hausse des prix pèsera plus lourd que le risque potentiel.

PS du 16 août 2011: On ne parle presque plus de Fukushima dans les médias principaux mais d'autres parlent de la plus grande catastrophe de tous les temps. Le fait est que plusieurs réacteurs sont toujours actifs et continuent de polluer l'environnement.

08:55 | Lien permanent | Commentaires (3) | Tags : économie d'énergie, énergie propre, nucléaire, suisse