Contre-choc pétrolier ? Intox ! (22 mai 2013)

Il n'aura échappé à personne une série de bonnes nouvelles au sujet de notre approvisionnement en pétrole. Les États-Unis seraient en passe de devenir exportateurs de pétrole grâce à leurs gisements de gaz et pétroles de schistes. Le Temps du 5 mai titrait L'AIE prévient qu'un contre-choc pétrolier a débuté (article).

Et je ne compte pas les annonces de fin du pic pétrolier grâce à des nouveaux gisements ou des nouvelles techniques d'extraction que les pessimistes du pic pétrolier n'avaient pas prévu.

D'après les données de l'agence internationale de l'énergie (IEA), notre futur en ce qui concerne les produits pétroliers et dérivés devrait ressembler à ça : 

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De l'intox...

 

Tout d'abord quelques explications sur le graphe précédent, il est tiré d'un article que je recommande The Twilight of Petroleum par Antonio Turiel et ce billet en est essentiellement un résumé très raccourci.

En noir la production des champs pétroliers actuellement en production, en bleu clair la production des champs pétroliers connus mais pas encore en production, en bleu la production de champs encore à découvrir.

Les autres bandes représentent des pétroles non conventionnels et autres substituts : en violet la liquéfaction du gaz naturel, en jaune les pétroles non conventionnels sauf pétrole de schistes, en rouge les pétroles et gaz de schistes et en vert les gains en raffinerie.

Toutes les productions sont exprimées en millions de barils par jour.

Ce graphique et ces données invalident-elles le pic pétrolier ?

Non, absolument pas. Cette théorie prédit que la production globale de pétrole atteint un pic puis qu'elle décroit. La courbe noire montre clairement que le pic des champs exploités se situe entre 2005 et 2010 et qu'en 2035 la production ne sera plus que la moitié de ce qu'elle est aujourd'hui. Le plateau du pétrole conventionnel (noir et bleus) dépend de l'exactitude des estimations des réserves connues et des gisements à découvrir.

Cette théorie prédit aussi que passé le pic, les prix monteraient et que les sources auparavant délaissées (mauvaise qualité, mauvais rendements, coûts d'extraction trop élevés) seraient revalorisées. C'est exactement ce qui est en train de se passer : on fore plus profond, plus loin et avec plus de moyens. Les gaz de schiste américains et les techniques d'extraction par fracturation sont connus depuis bien longtemps, ce n'est qu'un pétrole coincé à 100$ le baril depuis plus d'un an qui rend ces gisements intéressants (et encore, ça reste à prouver, ils seraient subventionnés).

Mais le plus grave est que ce genre de graphique, la façon dont les données sont présentées, n'est que pure propagande (je vous laisse deviner pourquoi) et c'est ce que démontre Antonio Turiel (indirectement car son article n'a pas cet objectif).

Pour aller à l'essentiel, voici le même graphe, mêmes données, mais ajustées pour correspondre à la réalité :

 

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On est dans un autre monde, mais comment en arrive-t-il là ?

Cette fois il s'agit du solde énergétique en millions de barils équivalents à du pétrole conventionnel par jour, et non plus simplement la production totale exprimées en barils de pétrole.

Pour produire ce graphe final, l'auteur a procédé en plusieurs étapes décrites en détail dans son article :

  1. Il commence avec les perspectives historiquement optimistes de l'IEA
  2. Il compare l'efficacité énergétique des différents produits, en effet, il y a pétrole et pétrole et tous n'ont pas le même rendement énergétique.
  3. Il examine l'EROEI (taux de retour énergétique) des différentes sources, c'est la différence entre une nappe de pétrole à quelques mètres de profondeur et un puits à 4000 sous l'océean ou au niveau arctique. Au début de l'aventure pétrolière il fallait consacrer un baril pour en extraire 100, aujourd'hui il en faut beaucoup beaucoup plus, on est à la limite de la rentabilité énergétique.
  4. Il revoit à la baisse les projections trop optimistes.

Ce second graphe montre plusieurs choses importantes :

  1. La quantité d'énergie nette est moins importante qu'il y parait, environ 70 mbpd pour la période 2005-2010 au lieu 85.
  2. La quantité d'énergie nette plafonne depuis un moment et ne suit ni la croissance de l'économie, ni la croissance de la population. Voilà l'explication à la crise.
  3. Entre 2010 et 2015 il y a un fléchissement net avec un déclin de l'énergie disponible.
  4. Il y manque une information importante, c'est de savoir qui va consommer cette énergie.

Alors si vous voulez mon avis, le pic pétrolier global est non seulement une réalité (cachée de plus en plus frénétiquement) mais que le déclin commence à prendre de la vitesse, surtout pour nous les européens.

On ne sortira jamais durablement de la crise, pas avant d'avoir atteint un nouveau niveau de stabilité.

10:11 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : pétrole, crise, énergie, pic pétrolier, effondrement, propagande