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A qui profite le pic pétrolier ?

Dans la série "A qui profite le crime ?", est-ce que le pic pétrolier est pour demain ?

061a1d51f8509da82c8f742f5e4d2d16.pngLe pic pétrolier est un théorie qui dit que la production de pétrole, locale ou globale suit une courbe en cloche, et atteint son maximum environ à la moitié de la production. Passé ce pic, la production ne peut que baisser. Lorsque le pic pétrolier global sera atteint, ce sera la fin du pétrole bon marché, et à terme, la fin du pétrole.

Selon qu'il se produit dans 50, 100 ans ou demain peut faire une énorme différence.

Quelques indices:

La problématique résumée:

8ab15824fa09eaa0c02e30fd85f5594d.jpgNotre civilisation est dépendante du pétrole: il est dans tout ce que nous fabriquons et mangeons, nous sommes devenus de vrais toxicomanes. C'est cette énergie concentrée et d'utilisation flexible qui a permis à l'humanité de passer d'un milliard d'habitants à 7 milliards en à peine un siècle. Les implications de sa disparition donnent le vertige. Malheureusement nous ne pouvons pas nous en passer car il y n'a pas de remplacement et il nous faudrait 10 à 20 ans pour effectuer une transition en douceur, temps que nous n'avons de toute façon pas car le pic pétrolier est quasiment sur nous. Passé le pic, la production va rapidement décliner, il peut même y avoir de graves ruptures d'approvisionnement.

Les joueurs:

Du côté des contestataires de la théorie, on trouve bien sûr une partie des gros producteurs de pétrole, en particulier l'Arabie Saoudite qui prétend toujours avoir des réserves quasiment inépuisables, des sociétés comme BP qui ont annoncé récemment qu'il y avait des réserves pour 40 ans (à consommation constante) et divers organismes étatiques ou privés (CERA, AIE) qui sont optimistes à très optimistes.

Parmi ces optimistes on trouve l'Union pétrolière suisse qui a publié une brochure où on apprend que "on suppose aujourd’hui que les réserves se situent vers 15 billions de barils" et que "la capacité mondiale de production de pétrole augmentera de 20%, entre 2005 et 2010".

A l'opposé, les tenants de la théorie, menés par l'Association pour l'étude du pic pétrolier (ASPO), divers pétro-géologues indépendants (Campbell, Laherrère), financiers (Simmons) et écrivains (Cochet, Kunstler), estiment que les réserves sont de 1 billion (mille milliards), que nous en avons déjà consommé autant et que, pour plusieurs, la production a déjà plafonné.

Il y a enfin tous les secteurs industriels pour qui la fin du pétrole, ou au moins la fin du pétrole bon marché est une aubaine pour développer le secteur des énergies alternatives, agro-carburants, sables bitumineux, liquéfaction du gaz naturel et du charbon. Il y a aussi tous les groupes liés à l'environnement qui reprennent cette problématique pour pousser vers plus de sobriété. Les lobbies nucléaires, nouveaux protecteurs du climat, qui ne contiennent plus leur joie à l'idée de toutes les nouveaux projets de centrales nucléaires. Les agriculteurs en profitent pour cultiver des agro-carburants tandis que les prix des aliments augmentent à cause de cette concurrence.

Et pour terminer, il ne faudrait surtout pas oublier les producteurs, les Exxon, Shell, BP, les raffineurs et les distributeurs qui, même s'ils nient généralement la réalité du pic, font actuellement de formidables bénéfices.

Le crime

Cette histoire risque de nous coûter très cher: augmentation du prix de l'essence, augmentation du prix des aliments, investissements forcés dans des nouvelles infrastructures, conversion de nos biens en version éco/verte/économique, investissements dans les transports publics.

L'enquête:

On le sent tout de suite, cette affaire est compliquée et il sera difficile d'en tirer des conclusions définitives. De plus, l'ère pétrolière est un petit événement historique récent: nous n'avons jamais eu ce problème et nous ne savons pas comment le gérer.

Le gros problème est que le crime peut profiter à beaucoup de monde. Il y a en plus un effet psychologique de déni: les implications sont si monumentales, si effrayantes que le citoyen moyen préfère les ignorer.

9ca0422812eb0c3d1c56711b8a77a377.gifIl y a donc actuellement beaucoup de gens qui ont intérêt à favoriser la thèse du pic pétrolier:

  • Ceux qui veulent s'enrichir dans les alternatives, comme Vinod Khosla qui se voit en futur Bill Gates de l'éthanol cellulosique.
  • Les Nostradamus qui veulent vendre leurs bouquins apocalyptiques
  • Les fournisseurs d'alternatives existantes (éolien, solaire, nucléaire)
  • Ceux qui attendent des prix hauts pour exploiter des sources comme les puits sous-marin profonds, les sables bitumineux du Canada, la liquéfaction du charbon, etc.
  • Les spéculateurs qui voient les prix régulièrement monter

Les producteurs profitent actuellement de prix records, mais la situation est dangereuse pour eux car des prix trop haut vont favoriser la recherche d'alternatives sans compter que plus personne n'investirait dans un secteur voué à disparaître, ce point est important dans un monde où la croissance de la valeur d'une action est de première importance.

Les indications fiables sur les réserves étant inexistantes ou secrètes, les seuls éléments factuels sont les flux de production et de consommation (et encore, dans certains pays comme la Russie, le Nigeria ou l'Irak, une partie de la production "disparaît"). Concrètement on sait que la production de pétrole brut n'a jamais dépassé 74.3 millions de barils par jour depuis mai 2005, elle a même baissé à 73.4 après 2 ans, soit un déclin de 0.6% par an.

Ce n'est malheureusement pas une preuve, cela peut s'expliquer par une baisse de la demande mondiale suite à un ralentissement de l'économie globale et à une augmentation des carburants alternatifs (gaz liquéfié, sables bitumineux, agro-carburants). C'est en tout cas ce que prétend un des plus gros producteur de la planète, l'Arabie Saoudite. Ce pays est à surveiller: s'il peut augmenter sa production comme il le prétend ou si sa production va continuer à décliner constituera un élément important qui permettra de départager les deux camps, on le saura d'ici la fin de l'année.

Un autre fait troublant est l'historique des découvertes. 168a2ec36b86c04dabf31a61b811ff2a.gif

On voit très bien que les gros gisements ont été découverts il y a bien longtemps et ce n'est pas faute d'avoir cherché. On a déjà assisté à des déclins qui prouvent qu'un gisement, aussi gros soit-il, n'est pas infini, presque tous les pays producteurs ont déjà décliné.

On sait aussi qu'aux USA, la production était à son maximum à la veille de son déclin, il n'y aura donc pas beaucoup de signes précurseurs évidents.

Conclusions:

Si pic proche il y a, les acteurs qui en tirent aujourd'hui un profit, on intérêt à le maximiser et à le réaliser le plus rapidement possible. Admettre le pic entrainerait à coup sûr la panique et une chute de la croissance économique avec des effets "domino" potentiellement catastrophiques.

Admettre le pic imminent c'est aussi se lancer dans une marche forcée pour un programme de reconversion de notre monde à l'utilisation d'un autre type d'énergie, ou moins d'énergie. Ce programme de reconversion nécessitera une à deux décennies et des conditions d'application draconniennes.

Si on analyse froidement la situation, il y a beaucoup d'indices qui montrent qu'on va se faire plumer et (dé)trousser, mais mon intuition est qu'on arrive fatalement au bout des ressources pétrolières. Nous aurons brûlé 2 mille milliards de barils d'or noir pour des futilités et pollué la planète. Il n'y a pas d'alternative aussi miraculeuse que le pétrole. Nous allons décroître par la force des choses, mais ça, notre société et nos cerveaux modelés par le capitalisme ne peuvent tout simplement pas le concevoir. La réponse la plus naturelle et la plus économique à la menace du pic pétrolier est de diminuer radicalement notre consommation, rien que pour cette raison on pourrait évacuer toute tentative de manipulation économique.

Donc, pour l'instant, on ne peut tirer de conclusion absolue, il va falloir attendre encore un peu, en attendant, vos avis sont les bienvenus.

PS:  je suis en train de lire La face cachée du pétrole, c'est passionnant, Eric Laurent mène l'enquête depuis plus de 30 ans. Je mettrais peut-être cette note à jour à la fin de la lecture.

PPS: lorsque les preuves seront évidentes, on n'aura peut-être plus le temps d'agir.

Lien permanent Catégories : Energie, Humeur Imprimer

Commentaires

  • Complément d'enquête:

    Selon une communication officieuse de l'ex responsable saoudien de la production et prospection pétrolière, Sadad Al-Husseini:

    "Il y a eu un changement de paradigme dans le monde de l'énergie dans lequel les producteurs de pétrole ne sont plus enclins à épuiser rapidement leur réserves et d'accélérer ainsi une mauvaise utilisation d'une ressource finie et précieuse. Ce sentiment prévaut dans les pays OPEP ou non mais doit être encore intégrée par les pays consommateurs"

    En d'autres termes, il sera de plus en plus difficile de savoir si des pays comme l'Arabie Saoudite ne VEULENT pas ou ne PEUVENT pas augmenter leur production.

    Leur motivation est probablement de cesser de devenir exportateur de pétrole BRUT pour devenir exportateurs de produits raffinés et développer leur secteur pétrochimique.

    Pour nous, la différence est qu'ils nous vendront des produits pétroliers chers au lieu de pétrole brut bon marché.

  • Bonjour,

    Excellent papier, merci de l' avoir placé sur Enerzine.

    J'ai indiqué ce papier sur le forum de Oleocene ( http://forums.oleocene.org/viewtopic.php?p=125378#125378 ) qui est un forum Francais sur la fin du pétrole bon marché.

    Venez nous y rejoindre !

    Cordialement

    Merci de ne pas divulguer mon adresse Email et de ne pas l' utiliser à des fins publicitaires.

  • Merci pour le compliment.

    Je connais très bien Oléocène ;-)

    En fait ce n'est pas moi qui place les papiers sur Enerzine ou Naturavox, c'est eux qui décident de récupérer ceux qui correspondent à leur ligne éditoriale.

  • L'article a été repris par Naturavox http://www.naturavox.fr/article.php3?id_article=1129 et Enerzine http://www.enerzine.com/246/A-qui-profite-le-pic-petrolier/participatif.html


    J'ai également terminé la lecture du livre d'Eric Laurent. C'est un bon livre que je conseille, il nous livre une analyse historique des enjeux pétroliers et énergétiques. Ce qui en ressort c'est que dans ce milieu, le mensonge règne et l'accès à cette ressource peut justifier n'importe quoi.

    A regretter tout de même le manque de précision de l'auteur dans certains termes (gang-min au lieu de gongmin, Cantrell au lien de Cantarell). Il cite également un écolo suisse, Josef Lanos qui est inconnu au bataillon. J'ai posé un commentaire là-dessus sur le site de l'auteur mais il n'est toujours pas en ligne après 10 jours.

  • Comme indiqué dans http://travail-chomage.site.voila.fr/energie/fin_petrole.htm
    la production mondiale de pétrole va décroître à un rythme de plus en plus soutenu.

    Selon toute probabilité, la production ne serait plus que de 80 % dans 12 ans et de 50 % dans 20 ans de celle d'aujourd'hui.


    Depuis juillet 2006, la production de pétrole n'a pas augmenté et il semble bien que la diminution de la production soit imminente.

  • Complément d'enquête.
    Le rôle de spéculateurs commence à être mieux compris et le congrès US enquête (http://hsgac.senate.gov/public/_files/052008Masters.pdf). Pour diverses raisons, le marché spéculatif a échappé aux organes de surveillance et s'est transformé en gros racket. Si les gouvernements (US et UK en particulier) prennent des mesures, il pourrait y avoir rapidement une très forte correction des prix.

    Je continue de penser que la spéculation n'explique pas tout, elle a pu se développer car fondamentalement il y a un problème d'offre et n'a fait qu'amplifier la hausse des prix. Si on y met fin, on gagnera au mieux un délai pour prendre des mesures, ou au pire le PO sera à nouveau relégué au rang de mythe, tuera dans l'oeuf les alternatives naissantes, jusqu'à ce que la réalité nous rattrape.

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