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11 septembre 2007

Discours de la servitude volontaire

Je viens de terminer la lecture du Discours de la servitude volontaire d'Etienne de la Boétie et j'ai envie d'en partager quelques extraits.
La Boétie a écrit ce petit texte vers 1546-48 alors qu'il avait entre 16 et 18 ans. Cela paraît jeune mais la Boétie était un précoce qui à 16 ans avait déjà traduit des auteurs grecs et connaissait parfaitement Cicéron.

Ce discours atemporel parle des mécanismes de la soumission au tyran et de la conservation de son pouvoir.


Voici quelques extraits que j'ai trouvés particulièrement intéressants et actuels, même très actuels si on accepte qu'un tyran peut aussi être un état démocratique, une multinationale ou une corporation.

"Je voudrais comprendre comment il se peut que tant d'hommes, tant de bourgs, tant de villes, tant de nations supportent quelquefois un tyran seul qui n'a de puissance que celle qu'ils lui donnent, qui n'a pouvoir de leur nuire qu'autant qu'ils le veulent bien endurer."

"La nature de l'homme est d'être libre et de vouloir l'être, mais il prend facilement un autre pli lorsque l'éducation le lui donne.[...] Seul reste dans sa nature celui qui ne désire que les choses simples et non altérées."

"Les gens soumis, dépourvus de courage et de vivacité ont le coeur bas et mou et son incapables de toute grande action. Les tyrans le savent bien. Aussi font-ils tout leur possible pour mieux les avachir."

"Les tyrans faisaient largesse [...] et c'était pitié alors d'entendre crier: "Vive le roi! Ces lourdeaux ne s'avisaient pas qu'ils ne faisaient que recouvrer une part de leur bien, et que cette part même qu'ils en recouvraient, le tyran n'aurait pu la leur donner si, auparavant, il ne la leur avait enlevée."

"Ce ne sont pas les bandes de gens à cheval, les compagnies de fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent un tyran, mais toujours (on aura peine à le croire d'abord, quoique ce soit l'exacte vérité) quatre ou cinq hommes qui le soutiennent et qui lui soumettent tout le pays. Il en a toujours été ainsi: cinq ou six ont eu l'oreille du tyran et s'en sont approchés d'eux-mêmes, ou bien ils ont été appelés par lui pour être les complices de ses cruautés, les compagnons de ses plaisirs, les maqueraux de ses voluptés et les bénéficiaires de ses rapines. Ces six dressent si bien leur chef qu'il en devient méchant envers la société, non seulement de sa propre méchanceté mais encore des leurs. Ces six en ont sous eux six cents, qu'ils corrompent autant qu'ils ont corrompu le tyran. Ces six cents en tiennent sous leur dépendance six mille, qu'ils élèvent en dignité. Ils leur font donner le gouvernement des provinces ou le maniement des deniers afin de les tenir par leur avidité ou par leur cruauté, afin qu'ils les exercent à point nommé et fassent d'ailleurs tant de mal qu'ils ne puissent se maintenir que sous leur ombre, qu'ils ne puissent s'exempter des lois et des peines que grâce à leur protection. Grande est la série de ceux qui les suivent. Et qui voudra en dévider le fil verra que, non pas six mille, mais cent mille et des millions tiennent au tyran par cette chaîne ininterrompue qui les soude et les attache à lui.[...] En somme, par les gains et les faveurs qu'on reçoit des tyrans, on en arrive à ce point qu'ils se trouvent presque aussi nombreux, ceux auxquels la tyrannie profite, que ceux auxquels la liberté plairait."

Toute ressemblance avec des tyrannies du XXème siècle ou de tyrannies en préparation est totalement fortuite ;-)

Petit livre aux éditions Mille et une nuit pour 2€.

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