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Des limites à la croissance ? Chut !

L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) appelle à stimuler considérablement les technologies propres afin de répondre à la hausse de la demande mondiale en énergie. Mais qui peut croire que de telles énergies seront capables, lorsque l’extraction globale annuelle de combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon réunis) aura atteint son maximum puis débuté son déclin, de satisfaire une demande énergétique toujours croissante ?

Un nouveau guest post d'André Sautou.

L’Agence Internationale de l’Énergie (AIE) appelle à stimuler considérablement les technologies propres afin de répondre à la hausse de la demande mondiale en énergie.

« Le nucléaire, avec la capture et le stockage de carbone (CSC), les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique doivent tous jouer un rôle beaucoup plus important », a déclaré l’AIE dans un communiqué de presse du 6 juin dernier, rapporté trois jours plus tard par Euractiv dans un article publié en français sous le titre « Inquiet de la hausse des prix du pétrole, le G8 envisage le nucléaire » .

Mais qui peut croire que de telles énergies seront capables, lorsque l’extraction globale annuelle de combustibles fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon réunis) aura atteint son maximum puis débuté son déclin, de satisfaire une demande énergétique toujours croissante ?

La croissance rapide se nourrit de l’énergie produite à faible coût, de telle sorte qu’une partie importante du retour sur investissement en énergie – EROEI (1) – peut être réinvestie de manière à accroître la production énergétique annuelle  alimentant la croissance économique. Et la plus grande partie de l’énergie est encore produite à faible coût. Mais alors pourquoi la payons-nous si cher ?

Réponse : Tout simplement parce que nous avons passé le seuil au-delà duquel la production d’énergie (encore croissante) ne peut plus satisfaire la demande (croissant plus rapidement).

Dans cette nouvelle conjoncture, une proportion importante des bénéfices résultant d’un prix de vente élevé entretient la croissance numérique des pays producteurs et de celles que ceux-ci soutiennent par solidarité, permettant à ces populations d’acheter des biens de consommation et contribuant ainsi à l’entretien de la croissance économique mondiale.

Une autre proportion permet aux riches élites dirigeantes de ces pays – ainsi qu’à de nombreux spéculateurs – d’acquérir du capital rentable dont une partie concerne le développement d’énergies alternatives (nucléaire, renouvelables) nécessaires au soutien de la croissance économique mondiale.

Mais il apparaît de plus en plus clairement, maintenant, que le coût moyen de la production d’énergie augmentera considérablement dans le courant des prochaines décennies. En conséquence, les retours sur investissements énergétiques permettant d’alimenter la croissance de la production annuelle globale d’énergie deviendront de plus en plus faibles jusqu’à ce que celle-ci se stabilise et commence à décliner.

L’amélioration de l’efficacité énergétique peut retarder l’échéance mais ses limites se révèleront  bientôt. A un moment donné (au cours des prochaines décennies) nous atteindrons les ultimes limites de la croissance et notre expansion s’inversera alors en contraction. Beaucoup d’entre nous pensent qu’un tel événement s’accompagnera d’un effondrement économique, étant donné que les mécanismes d’échanges entre les composantes du système économique mondial reposent sur l’existence d’une bulle financière maintenue sous pression tant que des marchés en expansion permettent à des investisseurs de réaliser des bénéfices réinjectés dans la bulle.

Mais bien qu’ils le sachent, la plupart des gens demeurent essentiellement concernés par la vie de tous les jours et ne veulent pas entendre parler de tout cela. Seuls osent quelques individus indésirables (comme moi), catalogués comme  « catastrophistes » … Mais chut ! Parlons vite d’autre chose … Le catastrophisme ambiant est malsain. Pour le moment, en dépit de la hausse des prix pétroliers, notre monde reste encore soulevé par l’énorme vague de croissance venant vers nous et persiste à vouloir croire que ce que nous appelons « développement durable » durera …

(Adaptation d’une Lettre à l’Editeur  publiée par Euractiv sous le même titre : « Limits to growth? Hush! »

_______________

(1) EROEI : Energy Return on Energy Invested = quotient de la quantité d’énergie utilisable acquise à partir d’une ressource énergétique par la quantité d’énergie dépensée pour obtenir cette ressource.

Exemple : Si l’EROEI d’une ressource énergétique est égal à 8, nous devons dépenser un kilowattheure pour obtenir la quantité de cette ressource capable de nous fournir en retour, sous la forme utilisable désirée (mécanique, électrique, …), une quantité d’énergie égale à huit kilowattheures.

En pratique, le coût de production de l’énergie utilisable augmente considérablement lorsque l’EROEI diminue en devenant de plus en plus proche de 1, jusqu’à devenir prohibitif. Un EROEI est égal à 1 signifie que l’on doit dépenser 1 kilowattheure pour produire la quantité de ressource capable de nous fournir en retour 1 kilowattheure, ce qui ne présente aucun intérêt.

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Commentaires

  • Suite à un courrier que m’a envoyé un lecteur, j’ajoute quelques précisions relatives à l’EROEI, en m’appuyant sur deux exemples.

    Premier cas : EROEI = 16 (valeur élevée). On doit dépenser 1 unité d’énergie pour en obtenir 16 en retour. L’énergie nette disponible est donc égale à 15 unités lorsque 16 unités ont été produites.

    Deuxième cas : EROEI = 2 (valeur faible). On doit dépenser 15 unités d’énergie pour en obtenir 30 en retour. L’énergie nette disponible est donc égale à 15 unités lorsque 30 unités ont été produites.

    Pour la même énergie nette disponible, le coût de production dans le deuxième cas (mesuré en valeur énergie) est donc 1,9 fois plus élevé que dans le premier (presque le double). Et l’on puise 1,9 fois plus sur les ressources.

    Plus généralement, lorsque l’EROEI diminue (en s’approchant de 1) 1°/ le coût de production de l’énergie utilisable augmente, 2°/ la déplétion des ressources s’accélère et 3°/ il devient de plus en plus difficile d’augmenter d’année en année la quantité annuelle d’énergie nette requise par la poursuite de la croissance économique.

  • Erreur de calcul dans le commentaire. Dans le 1er cas, on consomme 1,875 unités d'énergie pour en produire 30 (1/16). Dans le second cas, 15 unités pour en produire 30. Le coût de production comparé entre cas 1 et cas 2 n'esp pas 1,9 mais 8 (15/1.875).

    Cela dit, on trouve pas mal de choses interessantes ici :
    http://futura24.site.voila.fr/energie/energie.htm
    en particulier dans le dossier sur l'énergie nucléaire.

    Une lecture nécessaire pour ne plus avoir d'illusions sur cette énergie sans avenir et sans intérêt.

  • L'Agence internationale de l'énergie imagine que l'on pourrait construire 32 réacteurs nucléaires chaque année pendant 40 ans. Mauvais calcul pour la production énergétique, car il faudrait déjà remplacer les réacteurs actuels qui seront tous arrivés en fin de vie. Ensuite, il faudrait disposer des moyens techniques et humains pour construire autant de réacteurs, ce qui n'est pas le cas. Enfin il faudrait produire suffisamment d'uranium chaque année pour alimenter ces réacteurs, alors que l'extraction d'uranium va plafonner dans moins de 20 ans avant de décliner elle aussi.

    Voir pour commencer la liste des réacteurs dans le monde et tous ceux qui seront arrêtés d'ici 2030 : http://futura24.site.voila.fr/nucle/reacteur_monde_liste.htm

    Voir ensuite dans le même dossier l'étude sur le nombre de réacteurs en 2030, mais aussi celle sur les réacteurs en construction et celle sur les réacteurs de 4ème génération.

  • Réponse à Judith

    Ni Judith ni moi n’avons commis d’erreur. Simplement, nous ne calculons pas la même grandeur.

    Le calcul de Judith correspond au rapport des EROEI. Il est exact que ce rapport est égal à 16/2 = 8.

    Mon calcul exprime par contre le rapport des quantités d’énergie qu’il faut produire, dans chacun des deux cas, pour obtenir 15 unités d’énergie utilisable. Si EROEI = 16 , il faut produire 16 unités. Si EROEI = 2 , il faut produire 30 unités au lieu de 16. Or 30/16 = 1,9 ; le coût en quantité d’énergie totale à produire pour obtenir la même quantité utilisable est donc 1,9 fois plus élevé dans le deuxième cas.

    L’intérêt de ce deuxième calcul est de montrer que la production totale d’énergie doit augmenter, au fur et à mesure que l’EROEI décline, pour obtenir la même quantité d’énergie utilisable par la société.

    Pour plus de détails, consulter la page WEB ci-dessous (en anglais) :

    http://scitizen.com/stories/Future-Energies/2008/03/Understanding-EROEI/

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