Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Les abeilles disparaissent et alors ?

Les abeilles disparaissent, c'est un fait, amplement relaté et discuté mais le problème est ailleurs.

La cause est, selon le consensus actuel, multi-factorielle: c'est-à-dire qu'il n'y a pas un facteur unique mais bien la conjonction de plusieurs facteurs qui affaiblissent l'abeille et causent l'effondrement de la colonie. La cause finale de l'effondrement peut être très diverse, un peu comme le SIDA[1].

Il y a un facteur qu'on évoque très peu et qui me semble très important: l'apiculture. Rudolf Steiner avait déjà évoqué le problème et prédit leur disparition dans ses discours aux apiculteurs au début du XXème siècle "les apiculteurs peuvent se réjouir grandement en voyant l'essor qu'a pris depuis peu de temps l'élevage des abeilles; mais cette joie, elle ne tiendra pas cent ans"[2]. Les apiculteurs se vantent de créer des lignées d'abeilles qui piquent peu (pas d'agressivité, diminution de l'instinct de protection), qui essaiment peu (court-circuitant ainsi un mécanisme hygiénique naturel), qui propolisent[3] peu (privant les abeilles de leur antibiotique naturel) et qui produisent beaucoup de miel (plutôt que de garder cette merveilleuse substance pour elles)[4]. Après on s'étonne qu'elles souffrent de tous les maux.

On peut faire une analogie avec la vache: au début du siècle une vache produisait 10-20l de lait par jour[5] alors que certaines peuvent actuellement produire jusqu'à 70l [5]. Cette évolution due aux sélections intensives a un prix: mauvaise santé de la vache, problèmes physiologiques, longévité fortement raccourcie, césarienne obligatoire, antibiotiques, alimentation intensive, etc. Je ne suis pas un spécialiste en vaches, mais vous voyez l'image.

Ce qu'on fait aux vaches, on le fait aux poules, aux cochons, aux terres agricoles, aux poissons et aux abeilles. Encore plus grave, on le fait aussi aux humains[6].

Pour revenir aux abeilles, je ne veux pas stigmatiser le comportement des apiculteurs, ils ne font que suivre la tendance. L'abeille est la première à disparaître car contrairement aux autres produits animaux on ne peut l'isoler de l'extérieur[14]. On ne peut la saturer de produits chimiques toxiques sans qu'ils se retrouvent immédiatement dans le miel.

Est-ce que cette disparition est grave, au-delà de l'approvisionnement en miel ? Balayons tout de suite la fameuse citation d'Einstein comme quoi l'humanité ne survivrait que quelques années à la disparition des abeilles. C'est une légende urbaine, Einstein n'aurait jamais dit une chose pareille et en plus elle est infondée.

Voyons les statistiques de la FAO sur les sources de calorie en 1990. Ce qu'on y voit est que nos calories proviennent de: 10.5% des protéines, 23% des graisses et 66.5% des hydrates de carbone et d'alcools (dont 76% d'amidon et 21% de sucre).

La contribution des diverses sources alimentaires est encore plus intéressante[7]:

  • Céréales et produits dérivés: 51.3% des calories
  • Huiles végétales, oléagineux et produits dérivés: 18.8%
  • Sucres et dérivés: 8.4%
  • Viandes et dérivés: 8.7%
  • Racines et tubercules: 5.5%


Ce que je veux montrer avec ces chiffres, c'est que notre source principale de nourriture dépend directement ou indirectement de végétaux qui se reproduisent par le vent et non par les insectes pollinisateurs: les poacées (graminées). Ceci explique peut-être l'inaction des gouvernements.

Et les fruits et légumes à fleur alors ? Il ne faut pas oublier que l'abeille Apis mellifera n'est qu'une espèce parmi les 20000 espèces anthophiles (qui se tiennent sur les fleurs)[12]. Il suffit d'examiner son jardin (pour autant qu'il soit un peu naturel) pour constater qu'en plus des bourdons, on y voit des dizaines d'espèces d'abeilles sauvages, guêpes et mouches de toutes tailles qui butinent gaiement (jusqu'à 5 espèces simultanément sur un seul panicule de solidage[8]).

Pour notre alimentation, la disparition des abeilles n'est pas si grave que ça. Plus de miel, moins de pommes[9] mais on ne va pas mourir de faim. Le plaisir d'avoir une ruche dans son jardin est également compromis.

Pour le reste c'est TERRIBLEMENT GRAVE: ce qu'elles nous montrent c'est notre futur immédiat[6].

Ce qu'on peut essayer de faire pour l'abeille, c'est d'inverser la tendance et recréer des variétés plus sauvages, plus adaptées, moins productives, diminuer les pesticides, la pollution, les ondes[10]. Malheureusement cela peut prendre du temps et nous réagirons trop tard.

Pour nos fruits et légumes à fleur, il faut absolument favoriser[11] les autres pollinisateurs pour qu'ils prennent la place[13] des abeilles mourantes. Si tous ces insectes disparaissent, c'est assurément la fin.

Pour nous, c'est plus compliqué...

 

 

Notes

1: Le SIDA en lui-même ne tue pas, c'est l'effondrement du système immunitaire qu'il provoque qui expose le malade au risque mortel d'autres maladies.

2: Conférence aux apiculteurs, Dornach 1923 (Dans Abeilles, fourmis et guêpes p.10)

3: La propolis est un matériau recueilli par les abeilles à partir de certains végétaux. Cette résine végétale est utilisée par les abeilles comme mortier et anti-infectieux pour assainir la ruche. Elle est récoltée pour ses propriétés thérapeutiques.

4: La majeure partie du miel est retirée de la ruche et remplacée par du sucre. Le pollen, source de protéine pour les larves est souvent intercepté par des trappes à pollen.

5: Chiffres à vérifier, ce sont probablement deux extrêmes mais ils illustrent bien le propos.

6: A entendre certains professionnels de la santé, la situation est explosive, nous sommes sous perfusion d'antibiotiques, d'anti-dépresseurs, d'anti-cancéreux, d'additifs alimentaires, de somnifères, etc.

7: Le total ne donne pas 100%, manque peut-être le poisson, fruits, légumes

8: Belle fleur jaune, considérée comme invasive.

9: Avec sans ou moins d'abeille, la production fruitière chute, c'est certainement ce qui est mesuré lorsque certains parlent du "coût de la pollinisation"

10: En attendant les abeilles OGM ;-)

11: C'est-à-dire ménager un environnement qui leur soit favorable, riche en essences, en lieux de ponte, d'hibernation, avec de l'eau, en d'autres termes un écosystème NATUREL.

12: Beaucoup disparaissent aussi, mais on ne sait pas si ce sont eux ou leurs fleurs favorites qui disparaissent en premier.

13: Il semble que si un variété d'insecte butineur disparait, les autres, surtout s'ils ne sont pas assez nombreux, se concentrent sur les fleurs "faciles", délaissant les autres qui ne peuvent plus se reproduire. http://biodiversitevs.files.wordpress.com/2008/11/butineuses-et-biodiversite.pdf

14: Contrairement à un collègue apiculteur qui considère l'abeille comme un animal sauvage sous prétexte qu'elles peuvent sortir librement de leur ruche.

Lien permanent Catégories : Environnement Imprimer

Commentaires

  • Le manque de biodiversité est effectivement un problème dans certaines zones de grande culture
    Idem pour les accidents divers du a certains traitements phytosanitaires de plantes
    Reste que le problème principal et cela n'est pas nouveau chez les abeilles ce sont les ravages occasionnés par les maladies parasitaires ( il suffit de consulter les gazettes apicoles depuis 200 ans ... )
    Deux nouveaux parasites exotiques ont colonisés Apis mellifera depuis 1980
    Varroa un acarien présent sur Apis cerana abeille cousine de la notre en Asie a envahit les élevages d'Apis mellifera et provoque d'énormes problèmes dans les ruches : abeilles blessées , injection dans les tissus des abeilles de dangereux virus
    Un nouveau trouble fête a été identifié en 2005 Noséma ceranae un parasite en provenance de l'abeille cerana et qui provoque un raccourcissement de la vie des abeilles adultes et la disparition des colonies fortement infestées
    Aucun de ces deux parasite n'a cohabité avec nos abeilles pendant des millions d'années et malheureusement aucune coadaptation rapide n'est a espérer
    Tous les deux provoquent un affaiblissement du système protidique chez nos abeilles
    Ce qu'on peut dire c'est que c'est l'introduction sans précaution aucune de l'abeille européenne Apis mellifera plus productive en Asie qui a permis le passage de ces deux parasite d'une espèce d'abeille a l'autre
    En ce sens Steiner avait sans doute raison mais pour le reste ses discours sur les abeilles relèvent du charlatanisme ésotérique

  • L'avis de Daniel sur les discours de Steiner n'engage que lui. J'ai de la peine à suivre son langage symbolique mais je me garde de juger, d'autant plus que la biodynamie, tout aussi ésotérique, semble fonctionner et est enseignée dans les bonnes écoles d'agricultures.

  • Le point sur la disparition des abeilles:

    http://sosbiodiversite.wordpress.com/2009/01/02/disparition-abeilles-syndrome-effondrement/

    Un article qui fait vraiment le point sur l'état actuel des connaissances de ce problème.

    Il semble que le cocktail insecticide+pesticides, jusqu'à 70 pesticides dans la même rûche, soit un des grands responsables.

Les commentaires sont fermés.