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Agriculture non naturelle ?

Je n'arrive pas à trouver du temps pour finaliser divers articles en chantier (les initiatives de transition et mon système d'épuration d'eau) alors en attendant, voici l'introduction d'un cours que je prépare sur l'agriculture naturelle dans le cadre du CPE.

 

Dans le langage courant on utilise le terme "agriculture conventionnelle" pour désigner une agriculture moderne, mécanisée, irriguée et faisant appel à toute une palette d'outils chimiques et biotechnologiques, et le terme "agriculture naturelle" pour désigner une agriculture sans impacts (ou peu) sur l'environnement.

Cette dichotomie est bien sûr artificielle car même aujourd'hui il existe toute une graduation entre l'agriculture des plaines céréalières des Etats-Unis (qui possède la moitié des tracteurs du monde) et l'agriculture du petit cultivateur de coton en Afrique.

Mais est-ce que cela signifie que l'agriculture conventionnelle n'est pas naturelle ? Et d'ailleurs, est-ce que l'agriculture en général est naturelle ?

 

Il y a des précurseurs : certaines fourmis cultivent des champignons, d'autres élèvent des pucerons qu'on peut tout à fait considérer comme des espèces domestiquées car ces espèces de pucerons-là n'existent pas à l'état naturel. Ce n'est pas un hasard, à l'autre bout de la planète, en Amazonie, d'autres fourmis élèvent des membracides, des mini punaises inchangées depuis cinquante millions d'années.

L'agriculture, c'est-à-dire la culture d'espèces végétales (ou champignons) ainsi que la domestication d'espèces animales ne sont pas le propre de l'humanité, on peut donc considérer l'agriculture comme quelque chose de naturel, aussi naturel que la chasse ou la cueillette. Tout autant que la construction de barrages pour l'irrigation, en suivant le modèle du castor.

Mais en suivant cette logique, est-ce que les centrales nucléaires, les mines à ciel ouvert et les PCB, tous créations des créatures naturelles que nous sommes, sont-ils également naturels ?

Il n'y a bien sûr pas de réponse définitive à cette question qui est du ressort de la philosophie. Mais ce qu'on peut dire sans se tromper, c'est que les moyens mis en œuvre par l'humain moderne diffèrent de plusieurs ordres de grandeurs des moyens mis en œuvre par les fourmis ou les castors et que notre intelligence nous permet de juger des effets à long terme de nos actions.

Toute la différence est là, cette intelligence dont nous nous gaussons, elle nous interdit de jouer aux idiots. Les effets sur l'environnement des barrages des castors ne sont rien comparés aux effets du barrage des Trois-Gorges, les effets des élevages des fourmis ne sont rien comparés aux effets des élevages intensifs de porcs.

Ce raisonnement qui nous permet de dire que l'agriculture est naturelle nous permet également de dire que certaines formes d'agriculture ne le sont pas.

L'agriculture conventionnelle pratiquée par beaucoup, qui nécessite presque 10 calories pour produire une seule calorie alimentaire, qui consomme 70% de l'eau douce, qui pollue les nappes phréatiques et les rivières avec des pesticides ou des lisiers, qui dévore des ressources non renouvelables (pétrole, phosphates), qui épuise et érode les sols, qui fait disparaitre les forêts et toute la biodiversité qui y habite, qui mène une lutte à mort contre tous ses concurrents insectes, animaux ou humains et qui pour finir fait trimer durement des millions d'humains; cette agriculture-là n'est pas naturelle car elle ne s'intègre pas dans un cycle naturel de renouvellement permanent, car elle est finie et son issue ne peut être qu'un effondrement systémique.

La question est donc de savoir s'il existe des agricultures naturelles et à quoi elles peuvent ressembler.

 

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Commentaires

  • Salut,


    "L'agriculture [...] ainsi que la domestication d'espèces animales ne sont pas le propre de l'humanité, on peut donc considérer l'agriculture comme quelque chose de naturel"

    C'est bizarre comme raisonnement, ça fait un peu l'Homme d'un coté et la nature de l'autre, et si une autre espèce que l'Homme a fait quelquechose, alors c'est naturel.
    Et si les fourmis et les Hommes s'étaient trompés ? Ils ont tous les deux des hiérarchies/castes, une spécialisation du travail, des empires/colonies, partent en guerre, etc...

    Je trouve la question de la limite agriculture bonne/mauvaise (pour caricaturer) intéressante et pas évidente. Est-ce que c'est un agriculture durable (et que veut dire durable?), qui n'asservit pas les agriculteurs, qui n'est pas dominatrice ... ?

  • Salut, je vais tenter une réponse philosophique "naïve".

    Certains considèrent, que tout ce que l'homme fait est naturel, car "ça fait partie de sa nature". C'est difficile à contrer, parce que ce qu'il fait, il le fait sans intervention extérieure, sans "artifice" ou intervention divine ou extraterrestre, mais seulement avec ses mains, son cerveau et une organisation sociale, qui sont des dons de la nature. Le fait que d'autres créatures aient des comportement similaires ne fait que prouver que ce n'est pas une exception ou une "erreur" de la nature.

    Maintenant, il y a d'autres (dont moi) qui sentent intuitivement qu'il y a un homme naturel et un homme qui ne l'est plus, qui s'est mis en dehors de la nature par des actes "exagérés" qu'on ne peut plus qualifier de naturels (même si paradoxalement ils restent naturels).

    Cette limite est complètement subjective bien sûr, mais beaucoup la sentent et on peut constater son dépassement dès qu'on met en péril notre survie en détruisant des équilibres vitaux.

    Sur le long terme, je ne doute pas que l'équilibre va _naturellement_ se rétablir, mais dans l'immédiat, nous aurions intérêt à les rétablir nous-mêmes.

    Quant à la deuxième partie, et bien je produirais bientôt la conclusion de mon travail ;-)

  • Salut salut,
    La différence entre l'homme et la fourmi, ça ne serait pas plutôt que les fourmis sont intégrées dans l'écosystème, qu'elles restent dans leur niche écologique, et qu'elles ne mettent pas en péril l'ensemble de l'équilibre écologique? Dans ce cas, et contrairement à nous, elles ne se seraient pas trompées.
    Parceque pour ce qui est de la hiérarchisation, de la guerre, la plupart des autres animaux sont concernés, y compris la plupart des mammifères. (C'est peut-être un peu différent dans le cas de la spécialisation, qui en concernent très peu - seulement les insectes sociaux, à ma connaissance).

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