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26 janvier 2011

Le début de la fin

Il y a des signes qui ne trompent pas, même dans notre pays, un des plus beaux et les plus riches de la terre, celui qui comporte les villes les plus agréables à vivre, le meilleur chocolat et les montres les plus précises, et bien même dans ce pays on peut voir les signes de la fin de la prospérité, en tout cas pour le citoyen moyen.

Tandis que nos revenus piétinent ou plafonnent, tout le reste augmente ou va augmenter significativement: transports publics, essence, vignette autoroutière, aliments, assurances maladie.

Tout cela me peine mais ne me surprend pas (et ne devrait pas surprendre une bonne partie de mes lecteurs) car ce qui n'augmente pas, ce sont l'espace et les ressources.

Le pétrole conventionnel, facile à extraire et bon marché est en voie de disparition, il faut le remplacer par des équivalents plus onéreux (et malheureusement souvent plus polluants) et cette augmentation du prix commence à se répercuter dans tous les domaines de l'économie et particulièrement dans les coûts de maintenance de nos infrastructures.

Et ce n'est qu'un début.


La prospérité matérielle de notre vie est possible grace à l'abondance d'énergie bon marché. Alors que va-t-il se passer si l'énergie n'est plus aussi bon marché ? La fin de la civilisation ?

C'est ce que suggère John Michael Greer qui s'est fait connaitre aux USA pour son blog "The archdruid report" et ses deux livres, "The long descent" et "The ecotechnic future" dont j'ai apprécié la lecture. J'apprécie particulièrement le point de vue de son auteur dont les vastes connaissances actuelles et passées offrent une perspective originale qui pousse à la réflexion.

Dans un récent article, il fait le résumé de sa théorie centrale, l'effondrement catabolique, dont voici quelques extraits :

Regardez ces pics de prix et notez comme les pics et les creux suivent une tendance vers le haut et vous pourrez apercevoir le signal caché dans tout ce bruit : le fait que fournir le plus important carburant de la civilisation industrielle impose un fardeau chaque année plus lourd aux économies du monde.

L’idée centrale de l’effondrement catabolique est que les sociétés humaines ont plutôt tendance à produire plus de choses qu’elles peuvent se permettre de maintenir.

Au fur et à mesure que les sociétés grandissent et commence à dépendre d’infrastructures complexes pour supporter les activités quotidiennes de leur population,(...) les besoins en maintenance des infrastructures augmentent progressivement jusqu’à ce qu’ils atteignent un niveau où ils ne peuvent plus être couverts par les ressources à portée de main.

Le seul moyen fiable pour résoudre une crise qui est causée par des coûts de maintenance en hausse est de réduire ces coûts, et le moyen le plus efficace de réduire ces besoins de maintenance est d’envoyer une partie de ces choses qui devraient être entretenues dans la poubelle la plus proche.

Ainsi, le rythme normal de l’histoire des sociétés complexes oscille entre la construction, l’anabolisme, et la dégradation, le catabolisme. Les sociétés en place depuis un certain temps, la Chine par exemple, sont passées à travers ces cycles une douzaine de fois, avec des périodes de prospérité et de travaux d’infrastructures majeurs et des périodes d’appauvrissement et de dégradation des infrastructures.

Une version plus dramatique de ce processus se produit lorsqu’une société couvre ses coûts de maintenance avec une ressource non renouvelable.

Le problème évident est que ni l’expansion impériale ni le prélèvement de combustibles fossiles ne peuvent durer éternellement sur une planète finie. Tôt ou tard vous finissez par atteindre les limites de la croissance. (...) L’écart entre vos besoins en maintenance et les ressources disponibles échappe à tout contrôle jusqu’à ce que votre société n’ait même plus assez de ressources disponibles pour sa survie.

Ceci est l’effondrement catabolique. Ce n’est pas aussi simple qu’il y parait parce que chaque resserrement catabolique diminue sensiblement les coûts de maintenance et libère des ressources pour d’autres utilisations. Le résultat habituel est la séquence en marches d’escaliers qui est tracée par l’histoire du déclin de tant de civilisations : un demi-siècle de crises et de désintégration suivi par plusieurs décades de stabilité relative et de récupération partielle, puis le retour de la crise. Répétez et vous avez le processus qui a transformé le forum de la Rome impériale en un pâturage à mouton du début de l’ère médiévale.

Il est possible à ce stade de fournir une date assez précise pour le début de l’effondrement catabolique aux Etats-Unis d’Amérique.

La date en question est 1974.

C’était l’année où le coeur industriel des Etats-Unis (...) a commencé sa brutale transformation en rust belt "la ceinture de rouille". (...) Les USA ont catabolisé la plupart de leurs industries lourdes, la plupart de leurs exploitations agricoles familiales et une bonne moitié de leur classe ouvrière.

Les Etats-Unis n’étaient pas les seuls à adopter le catabolisme dans le milieu des années 70. La Grande Bretagne a abandonné la plupart de son industrie lourde au même moment, plongeant une grande partie des Midlands et de l’Ecosse industrielle dans la dépression.

Le résultat a été exactement ce que suggère l’histoire : en catabolisant, les USA et la Grande Bretagne ont pu traverser tant bien que mal la crise des années 70 et en sortir durant la période de relative stabilité qu’étaient les années Reagan et Thatcher. Ce répit s’est nettement prolongé avec l’effondrement du bloc de l’Est à partir de 1989.

Ce répit et a pris fin en 2008. Nous sommes dans les premières phases d’un second et probablement plus sévère round de catabolisme, ici en Amérique mais aussi dans toute l’Europe. Ce qui est arrivé à la classe ouvrière industrielle dans les années 1970 est en train d’arriver à une grande part de la classe moyenne, au fur et à mesure que les jobs disparaissent, que les services publics sont réduits et qu’une demi-douzaine d’Etats est en train de glisser sur une pente qui fera d’eux les équivalents de la ceinture de rouille du XXIème siècle.

Il est cependant crucial de se rappeler que le catabolisme est une réponse à une crise, et généralement une réponse efficace, au moins à court terme.

C’est de cette manière qu’une société sur le déclin s’adapte avec succès à la contraction de sa base économique et l’inadéquation entre les ressources disponibles et les coûts de maintenance.

On saute encore quelques décennies et un nouveau round de crises survient, suivi par un nouveau répit, et un autre round de crises jusqu’à ce que finalement des paysans labourent leurs champs dans le panorama des tas de ruine de nos villes.

C’est ainsi que finissent les civilisations, et c’est ainsi que la notre se termine. (...) Si j’ai raison, nous sommes déjà à la moitié du déclin et de la chute de la civilisation industrielle.

Une vision plus large permet de conserver plus facilement les évènements actuels en perspective et de planifier pour un avenir dans lequel nous allons tous, après tout, passer le reste de nos vies.

Lire l'article complet en français.

Il est difficile de dire ce qui va se passer les prochaines années, tant le processus de catabolisation d'une société aussi opulente que la notre peut s'exprimer de manières différentes. A l'échelle du pays il faudra se battre pour sauvegarder ce qui est vraiment nécessaire, privilégier l'intérêt du plus grand nombre à celui de petites corporations. Et à l'échelle personnelle, il faudra peut-être apprendre à planter des choux avec les mains.

 

 

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