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Nuke ou pas nuke ?

Les bernois viennent de dire oui à 51.2% à la construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Mühleberg. Une centrale nucléaire est une source d'énergie primaire, c'est-à-dire qu'elle permet de produire, entre autres, de l'électricité.

Mais on peut produire de l'électricité de diverses façons.

 

voiture_electrique_350.png

 

Le dessin ci-dessus est particulilèrement adapté aux USA où l'électricité est produite pour partie en brûlant du charbon extrait en utilisant la technique du mountain top removal (on enlève le sommet de la montagne), suivez le lien pour voir à quoi ça ressemble.

Rien de tel chez nous, me direz vous, et pourtant, un pays comme l'Allemagne, réputé écolo et promoteur de l'énergie solaire affiche une structure de production d'énergie primaire assez similaire à celle des Etats-Unis, la part du charbon est encore importante :

 

energie_primaire_allemagne_1972-2008_350.png

En Suisse, nous sommes (un peu) plus propres car l'utilisation du charbon est quasiment inexistante (cliquez sur l'image pour agrandir):

energie_primaire_suisse_1972-2008.png

 

On constate qu'en Suisse, la fourniture d'énergie primaire (l'électricité d'origine nucléaire importée d'autres pays comme la France n'est pas comptée) n'a pas évolué de 2002 à 2008, ceci est probablement du à la crise économique et aux mesures d'économie d'énergie. Mais si l'augmentation de la consommation devrait reprendre comme le souhaitent les fans de croissance économique ou comme le prédisent les statisticiens, il faudrait bien augmenter cette production, mais comment ?

  • Les pétroles conventionnels ne vont plus augmenter, ils ne peuvent être remplacés que par des pétroles non conventionnels (forages super profond, sables bitumineux, forages arctiques)
  • Le gaz naturel conventionnel ne va plus beaucoup augmenter, il ne peut être remplacé que par des gaz non conventionels comme les gaz de schistes qui commencent à faire parler d'eux, en mal.
  • L'hydro-électrique est limité, on ne peut quand-même pas mettre des barages partout, de plus, avec la réduction des glaciers alpins et donc de la capacité de stockage d'eau en altitude, le potentiel hydro-électrique va même diminuer.
  • Les énergies renouvelables comme le bois et la biomasse ont aussi leurs limites, à moins qu'on veuille se passer définitivement de forêts et de terres fertiles.
  • Le solaire et l'éolien ont un énorme potentiel mais leur part pour l'instant anecdotique saute aux yeux ! De plus, l'augmentation générale du coût de l'énergie va être fatalement répercuté sur la production de panneaux solaires et d'éoliennes.

Alors d'où viendra l'énergie qui alimentera la croissance de demain, croissance économique et/ou démographique ?

Je vais le dire tout de suite: JE SUIS ANTI-NUCLÉAIRE !

Malheureusement, la seule source d'énergie qu'on puisse, du moins à court terme, augmenter pour compenser la diminution d'autres sources et une demande croissante, c'est le nucléaire.

On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre, on ne peut pas avoir une croissance et un parc de voitures électriques en comptant uniquement sur les énergies renouvelables. L'énergie propre et abondante n'existe pas.

Le nucléaire n'est malgré tout pas une option qu'on devrait envisager car :

  • le problème des déchets n'est toujours pas résolu, le même jour les Nidwaldiens ont refusé un projet d'enfouissement de déchets radioactifs au Wellenberg.
  • l'approvisionnement en uranium n'est pas garanti
  • le danger existe et en multipliant les centrales il ne fera qu'augmenter
  • je suis contre la centralisation de la production d'énergie
  • elles polluent en produisant trop de chaleur, généralement envoyée dans les cours d'eau, le béton nécessaire produit beaucoup de CO2
  • elles sont longues à construire
  • on ne sait même pas comment on va les démanteler, ni même si on en aura encore les moyens financiers
  • et plus fondamentalement, on ne peut croitre à l'infini, il y a un point où il faut se modérer

Alors que faire ? En fait la solution est incroyablement simple: consommer moins.

Sachant que les énergies fossiles, l'environnement des barrages, la pollution atmosphérique et le changement climatique concernent tout le monde, on pourrait mutualiser les couts et bénéfices de la production d'énergie avec un système de ce genre:

  1. Chaque citoyen de ce pays reçoit un quota d'énergie à bas prix (le prix actuel par exemple) qui correspond à une utilisation raisonnable.
  2. L'énergie au-delà de ce quota est taxée
  3. Chacun peut vendre ou acheter des quotas d'énergie à une bourse énergétique

Ce n'est bien sûr qu'une idée très grossière, mais ce principe permettrait à chacun de faire des efforts, et d'être rétribué, tandis que les gaspilleurs seraient taxés. L'ajustement progressif des quotas permettrait d'atteindre les objectifs de sobriété énergétique en douceur. On peut également appliquer une taxe différenciée en fonction de la source.

Cela ressemble un peu aux crédits carbone, mais concernerait tous les citoyens, et pas seulement pour être taxés mais aussi pour en profiter. Cette taxe serait en plus sociale, car les petits revenus, faibles consommateurs et économes ne seraient pas directement affectés, ils pourraient même en tirer un revenu. Et qu'on ne me dise pas que c'est compliqué, on arrive très bien à taxer toutes les transactions (TVA) ou à taxer tous ceux qui regardent la TV ou écoutent la radio.

PS du 18 février 2011: Mon analyse semble confirmée par le Plan de route pour les énergies renouvelables en Suisse présenté aujourd'hui par l'Académie suisse de science. Qui résume la situation ainsi (mises en gras par moi-même):

Un approvisionnement énergétique durable de la Suisse est possible. Il n’est cependant réalisable ni à court terme, ni facilement. Les sources d’énergie renouvelables indigènes peuvent y apporter une contribution décisive. Bien souvent, le facteur contraignant n’est pas tant le potentiel lui-même qu’une rapidité de mise en oeuvre justifiable au niveau économique, en particulier dans le domaine de la rénovation des bâtiments. Un approvisionnement reposant principalement sur des sources indigènes d’énergie renouvelables d’ici 2050 exige une combinaison de la mise en exploitation des potentiels ici indiqués et de la réalisation de la société à 2000 watts déclarée comme objectif stratégique par le Conseil fédéral.

Le résumé du résumé est que c'est possible, mais c'est difficile, ça va coûter cher et il faudra se montrer bien plus sobres. J'en dirai plus lorsque j'aurais décortiqué le rapport.

PS du 16 mars 2011: Suite à un tremblement de terre de force 9 et d'un tsunami au Japon, plusieurs réacteurs de la centrale nucléaire de Fukushima sont au bord de la fusion. Cet accident, qui n'avait statistiquement presque aucune chance de se produire, va probablement causer plus de peur que de mal. Des moratoires ont été décrétés un peu partout, mais je suis prêt à parier qu'une fois le calme revenu, le spectre de la pénurie ou de la hausse des prix pèsera plus lourd que le risque potentiel.

PS du 16 août 2011: On ne parle presque plus de Fukushima dans les médias principaux mais d'autres parlent de la plus grande catastrophe de tous les temps. Le fait est que plusieurs réacteurs sont toujours actifs et continuent de polluer l'environnement.

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Commentaires

  • Il me semble que passé un certain âge, les parents disent à leur enfant que le Père Noël n'existe pas... il faudra bien dire un jour aux citoyens qu'il n'y aura plus assez d'énergie pour vivre tel que nous le faisons à l'occidental (Suisse ou USA). C'est vrai qu'en esquissant des solutions alternatives (énergie vertes et sobriété), la pilule sera moins amer (ou alléchante?) pour la population. Mais je suis persuadée que ce sont plutôt les dirigeants/exploitants/riches qui font de la résistance puisque ce sont eux qui ont instauré cette société de consommation. Il faudra convaincre donc deux camps opposés du bienfait de cette taxe!
    Je suis d'avis par ailleurs de faire voter en même temps pour une nouvelle centrale nucléaire et le stockage des déchets. Les pro-nucléaires seront bien obligés de s'expliquer, au lieu de faire voter en 2013 pour une nouvelle centrale et seulement en 2020 pour le stockage! Tant qu'il n'y a pas de lieu de stockage en Suisse, aucune nouvelle centrale ne devrait voir le jour.

  • Le Père Noël n'existe pas, mais ses elfes transformés en orcs existent et sont près à nous livrer encore pléthore d'énergie issue de gaz de schistes, sables bitumineux, charbon et uranium. Bien sûr cela aura une fin, mais le danger est réel qu'on fasse durer le "plaisir" jusqu'à la dernière goutte, jusqu'au dernier arbre et au dernier poisson.

    Cela dit, l'idée d'associer construction de centrale et lieu de stockage pour les déchets est une bonne idée, pour autant qu'on puisse à chaque fois voter.

  • Concommer moins, attribuer des quotas à bas prix, surtaxer les usages "superflux", ...

    Toutes ce solutions s'appliquent non seulement à l'energie, mais peuvent s'étendre à l'infini : eau, nourriture, transports, etc...

    Il parrait évident que l'énergie consommée pour se chauffer l'hiver ne devrait pas avoir le même coût que l'énergie consommée pour climatiser nos douillettes voitures l'été. de même que l'eau que l'on boit ne devrait pas avoir le même coût que l'eau qui remplie les piscines...

    Ces solutions ne sont pas nouvelles, mais malheuresement très difficiles à ancrer dans la tête des gens :(

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