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22 juin 2011

Fous de plantes

Je viens de terminer un livre merveilleux d'Alain Hervé*, Fous de plantes, et il me faut vous reproduire un extrait du dernier chapitre tant il me touche et correspond à ma propre vision des choses.

Plus que la haute mer, ou le désert, ou la montagne, le jardin est un lieu dramatique de notre planète. Dans ce carré innocent : la vie. J'y rencontre des plantes pour participer à une œuvre commune. Nous enfantons et créons du vivant, de l'éphémère, du reconductible, du reproductible, du duplicable. Nous vivons. 


Ce désordre de terre et de feuilles est plus complexe qu'un ordinateur, plus complexe que mon cerveau. Les sciences ne parviennent pas à m'expliquer la plupart des opérations physiques, chimiques et biologiques qui s'y produisent**.

Au jardin je copule avec la nature. J'y entre en cycle. Le jardin m'impose son rythme. Le temps y prend couleur de durées variables selon les saisons. Chaque année, je nais et meurs avec mon jardin. J'y ressuscite.

Mon jardin est le second utérus que je fréquente. Lieu clos, chaud, protégé, ouvert sur l'infini, où éclosent lentement dans l'intimité de la terre des formes de vie qui vont s'élever vers la lumière.

Le jardin raconte son jardinier. Son intelligence, sa patience, sa tendresse, sa tolérance, son imagination, ou sa folie, sa violence, son anxiété d'ordre. Je ressemble à mon jardin, il me ressemble. Mais c'est toujours lui qui a le dernier mot. Lorsque je pars, l'histoire du jardin n'en finit pas. Dans le jardin redevenu sauvage, restera invisible le souvenir de ma main, de la main de tous les hommes qui y sont passés. Qui ont planté l'abricotier et le jacaranda, le noyer et le rosier, le cyprès et l'amandier.

Le jardin dénonce celui qui ignore le vivant et prétend le simplifier, le contraindre à la ligne droite, au cordeau, au désherbage, à la monoculture, au bétonnage. L'espace vert est un jardin schizophrénique, une caricature du vivant, du germinant, du proliférant.

Le jardin est le début de la cuisine. On y salive en plantant la salade, le concombre, l'origan, le cardon... La qualité de ce qu'on mange commence avec la manière de le cultiver. On est stupéfait d'une soit disant gastronomie qui prétend ignorer que figurent au menu des résidus de désherbant sélectif, de pesticide, de nitrate... dans les produits qu'elle emploie. Celui qui empoisonne son jardin empoisonne sa propre chair.

Le jardin n'est pas potager ou d'agrément. Il n'est pas à manger ou à regarder. Il n'est pas à produire ou à plaire. (...) Mes jardins ont été à regarder et à manger en désordre.

Mon jardin, je parle aussi bien pour le vôtre, n'est pas plat. Il est courbe. Il suit la courbure de la planète qui le porte. Ma conscience planétaire commence au jardin. C'est au jardin que je me sens passager du vaisseau spatial Terre. Je dis "mon jardin", mais il ne m'appartient pas d'avantage que je ne lui appartiens. Nous participons ensemble à un épisode de la vie mystérieuse.

La jardin, dernière station avant le précipice, propose un modèle de gestion de la planète. Il décrète une intelligence entre les hommes et les plantes, nos seules sources de nourriture. Le chaînon explicite de notre alliance avec le soleil. Les milliards d'hommes qui surchargent la planète ont peu de chances d'êtres nourris par les monocultures de maïs, de palmiers à huile, d'arachides ou de bananiers. Elles annoncent le désert. Elles créent le désert. Les hommes, s'il en reste, seront nourris par une planète jardin. Notre responsabilité de propagateurs d'un soi-disant progrès qui a détruit l'agriculture vivrière en France et partout où nous avons pu l'exporter, en Afrique, en Asie, en Océanie, est immense. Nous allons bientôt nous en rendre compte.

J'aimerais bien être enterré dans mon jardin comme le sont les hommes civilisés du bout du monde et les Corses. Terminer mon œuvre de jardinier par ma décomposition, au milieu et pour mes plantes, comme un souvenir qui lentement se diluerait. J'aimerais vivre là, la nouvelle migration de mes cellules. Un arbre que j'aime s'en chargera. Un palmier*** me saisira dans ses racines et très lentement il m'enverra dans la lumière du soleil, dans le geyser de ses palmes.

 

Notes

* a lire en ligne sur Le sauvage

** le texte initial a été écrit en 1978, la science a  progressé et quelques excellents livres de vulgarisation comme Les jardiniers de l'ombre ou Collaborer avec les bactéries et micro-organismes donnent une petite idée de ce qui s'y passe.

*** pour moi ce sera plutôt un chêne ou un if

Commentaires

Hey Dom!
Je peux te fournir le palmier qui te saisira dans ses racines! Il s'agit d'un Trachycarpus Fortunei. Il se plaira bien chez toi, tout comme ton figuier, à condition que tu fasses un effort d'arrosage pour lui.
Si on le plante maintenant, et tenant compte de l'espérance de vie théorique qui te (nous) reste, il devrait bien mesurer 15 mètres le jour venu.
:-)

Écrit par : JC | 06 juillet 2011

Merci ! Je sais déjà où le planter, et il bénéficiera de l'apport d'eau automatique de mon système de traitement d'eau.

Écrit par : imago | 06 juillet 2011

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